Prix / Trophée

Rennes en Jeux : le prix Lizzie Magie

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Une distinction engagée

Le Prix Lizzie Magie, créé en 2021 par La Toile Ludique Rennaise et remis lors du festival Rennes en Jeux, met en lumière des jeux de société, auteur·ices, éditeurs ou projets dont la démarche va au-delà du simple divertissement. Il récompense en particulier l’engagement social, politique ou environnemental dans la création, la fabrication ou la diffusion de jeux, ainsi que ceux qui explorent la dimension culturelle, artistique ou réflexive du média ludique.

Ce prix valorise l’idée que les jeux de société, tout comme le cinéma ou la littérature, peuvent être des objets culturels significatifs influençant notre perception du monde. Il rend hommage à Elizabeth “Lizzie” Magie, inventrice en 1903 du Landlord’s Game – un jeu critique du monopole qui inspira plus tard le Monopoly – pour son usage pionnier du jeu comme vecteur d’idées sociales.

Le jury, composé de professionnels du milieu ludique et culturel, n’impose pas de catégories strictes et attribue le prix à des propositions variées selon les années. Parmi les critères d’éligibilité figurent notamment l’existence d’un fait d’actualité lié au projet et l’expression du propos à travers les mécaniques ou le contenu du jeu.

Et voilà les gagnants 2026 ! 

KARTINI

Kartini, from darkness to light est un jeu expert compétitif de Sherria Ayuandini représentant le développement de l’enseignement supérieur des femmes à travers la création d’écoles dans les îles indonésiennes de la fin du XIXe siècle. Il met en jeu le recrutement de professeures, l’accueil et la formation d’étudiantes aspirant à devenir elles-mêmes enseignantes, politiciennes, combattantes ou mécènes, malgré les contraintes financières et les réactions de l’oppression coloniale. La compétition entre les écoles permet cependant l’émergence de formes de collaboration par des échanges de savoirs comme d’étudiantes entre les îles.

L’autrice, enseignante-chercheuse en sciences politiques et engagée dans des programmes internationaux, valorise dans son premier jeu les parcours d’héroïnes ayant marqué l’histoire de son pays d’origine. Le jeu ne met en scène que des femmes, rendant visibles des trajectoires historiquement marginalisées. Il réhabilite également une culture longtemps invisibilisée à travers les noms des îles et des figures mises en avant, ainsi que la diversité des visages et des carnations.

Finaliste du Zenobia Award, le jeu rend hommage à Kartini (1879–1904), figure historique majeure et pionnière de l’instruction des femmes en Indonésie. En s’appuyant sur son héritage, le jeu interroge l’éducation des femmes comme levier d’émancipation et comme enjeu politique concret inscrit dans des rapports de domination.

Amabel Holland

Amabel Holland est une autrice, éditrice et vidéaste étatsunienne dont le travail interroge en profondeur le jeu de société comme objet culturel et politique. Dans l’ensemble de ses activités, elle explore la capacité du jeu de société à modéliser des systèmes complexes et à rendre lisibles des rapports de pouvoir.

Dans son livre de 2025, Cardboard Ghosts, elle postule que les mécaniques sont des métaphores aptes à représenter les systèmes d’oppression, rendant les jeux de société efficaces à les modéliser. Elle plaide également la nécessité d’une distanciation pour permettre de comprendre ce que le jeu met réellement en scène. Ses vidéos lui permettent de présenter ses thèses et analyses, avec pédagogie et humour, et de donner la parole à d’autres auteur·ices.

Sa création ludique est en cohérence avec ce cheminement intellectuel. Issue du wargame, autrice de la série des Gauge, elle s’auto-édite au sein de Hollandspiele depuis 2016 en dehors des circuits commerciaux traditionnels, portant ainsi une forme de radicalité jusque dans le travail éditorial. Ainsi, This Guilty Land (2018) constitue une mise en pratique d’un système politique dans lequel le statu quo maintient l’oppression. Avec City of Six Moons (2025), Amabel Holland propose un jeu conçu comme une oeuvre artistique qui interroge et déstabilise notre relation aux règles d’un jeu, à sa compréhension et à nos attendus culturels.

Limit

Limit est un jeu compétitif exigeant d’Alexandre Poyé qui met les joueur·euses face aux limites des sociétés basées sur la croissance. Tout comme les auteur·ices du rapport Meadows en 1972, l’auteur s’est appuyé sur le modèle World3 et ses 375 variables, pour le simplifier et le rendre accessible.

Chaque joueur·euse dirige et développe une nation, de la révolution industrielle à un futur proche. Les choix politiques à disposition sont volontairement peu nombreux, mais fortement impactants, tant pour leur propre nation que pour celles des autres. Ils permettent d’expérimenter différentes trajectoires de société en croissance, pour lesquelles le jeu ne manque jamais de rappeler que « toute croissance vient à saturation quand les limites du système sont atteintes. »

Le jeu, pouvant susciter cynisme ou malaise, place les joueur·euses face aux conséquences de choix contraints, dans un cadre où les marges de manoeuvre se réduisent progressivement. Le calcul des scores lui-même est volontairement laissé ouvert à l’interprétation et à l’appropriation, et invite à questionner la notion même de victoire. En somme, Limit ne se contente pas de modéliser la croissance : il en fait éprouver les effets et les impasses. La cohérence du propos est renforcée par une déclaration officielle de l’éditeur : pour des raisons de convictions politiques, Limit sera son dernier jeu.

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