Débat

Les extensions deviennent-elles plus petites ?

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Pendant longtemps, la vie d’un jeu de société suivait un schéma relativement simple. Une boîte de base rencontrait le succès, puis venait éventuellement une extension plus ou moins conséquente : nouvelles mécaniques, nouveaux plateaux, nouvelles factions ou campagne inédite. Une seconde extension pouvait suivre, parfois une troisième, mais le modèle restait relativement stable.

Depuis quelques années pourtant, un autre phénomène semble émerger. Au lieu de proposer une grosse extension quelques mois voire années après la sortie du titre, de plus en plus d’éditeurs choisissent de publier des contenus beaucoup plus compact et immédiats : quelques cartes, un module supplémentaire, de nouveaux personnages, une mini-campagne ou encore quelques tuiles inédites.

Nous ne parlons pas ici des jeux de cartes à collectionner, dont les boosters constituent le cœur du modèle économique depuis toujours.

Le phénomène est différent.

Dans le jeu de société moderne, ces petits ajouts viennent compléter des jeux déjà pleinement fonctionnels. Ils ne remplacent pas l’expérience de base. Ils viennent l’enrichir, la renouveler et parfois même la faire évoluer, tout en préservant ce qui a fait le succès du jeu d’origine.

Alors assistons-nous à la naissance d’un nouveau format d’extension ?

De la grosse boîte à l’extension compacte

Pendant des années, une extension devait presque justifier son existence par sa taille.

Une nouvelle boîte signifiait généralement davantage de matériels, davantage de règles, davantage de complexité.

Aujourd’hui, ce n’est plus forcément le cas.

De nombreux éditeurs semblent privilégié des ajouts plus ciblés, plus faciles à produire et plus simples à intégrer. L’objectif n’est plus forcément de transformer le jeu. Il s’agit parfois simplement de lui offrir un nouveau souffle.

Une évolution qui n’est pas un hasard

Cette tendance répond probablement à plusieurs évolutions du marché.

D’abord, les jeux eux-mêmes ont changé.

Une grande partie des succès récents reposent sur des règles accessibles, une prise en main rapide et une bonne rejouabilité. Ajouter une extension massive risquerait parfois de complexifier inutilement des jeux qui ont justement séduit par leur simplicité apparente (simplicité d’apprentissage, pas simplicité de jeu).

Ensuite, les joueurs n’ont pas toujours envie de réapprendre un jeu qu’ils apprécient déjà.

Quelques nouvelles cartes, de nouveaux objectifs ou un module supplémentaire suffisent souvent à renouveler les parties sans bouleverser les habitudes.

Enfin, les réalités économiques jouent également leur rôle.

Produire, transporter et stocker une extension de grande taille représente aujourd’hui un coût important. Les formats compacts offrent davantage de souplesse aux éditeurs comme aux distributeurs.

Ce que révèle cette nouvelle génération d’extensions

En observant les sorties récentes, un constat apparaît rapidement.

La grande majorité de ces mini-extensions concerne des jeux familiaux+, initiés ou intermédiaires ayant déjà rencontré un large succès commercial, comme Faraway, Château Combo, Courtisans, Harmonies, Sea Salt & Paper, Pixies, Solstis.

Tous ces jeux ont un point commun : leur richesse repose davantage sur les combinaisons, les opportunités et la rejouabilité que sur l’accumulation de règles. Dans ce type de design, quelques cartes supplémentaires peuvent parfois suffire à renouveler complètement les parties.

À l’inverse, on retrouve très peu de jeux experts dans cette tendance. L’exception la plus évidente est sans doute Nucleum avec son extension Mécènes. Et justement, cette exception est intéressante.

Même un jeu expert connu pour sa densité stratégique expérimente désormais le format compact.

Comme si l’industrie cherchait progressivement une troisième voie entre la grosse extension traditionnelle et le contenu promotionnel ponctuel.

Plus étonnant encore, cette tendance semble toucher en priorité les jeux légers à intermédiaires. Lorsqu’un jeu repose déjà sur une forte rejouabilité, quelques cartes ou quelques modules bien pensés suffisent souvent à créer de nouvelles situations et à renouveler les stratégies. À l’inverse, les jeux experts ont généralement besoin d’extensions plus conséquentes pour ouvrir de nouvelles voies de développement.

Catch Up Games, un exemple révélateur

S’il fallait identifier un éditeur illustrant particulièrement bien cette évolution récente, Catch Up Games ferait probablement figure de référence.

Plusieurs de ses succès ont bénéficié de contenus additionnels au format réduit.

Faraway

Avec 3 mini extensions format booster, Faraway gagne le trophée. Le contenu reste limité en volume, mais son impact sur les parties est bien réel. Les extensions apportent de nouvelles possibilités tout en conservant ce qui a fait le succès du jeu.

Château Combo

Même logique ici. Plutôt que de proposer une refonte du système ou une extension ambitieuse, le contenu additionnel cherche avant tout à enrichir les possibilités offertes aux joueurs réguliers.

Courtisans

Le jeu suit une philosophie similaire. Les ajouts restent faciles à intégrer, rapides à expliquer et cohérents avec l’expérience d’origine.

Dans les trois cas, on retrouve une même idée : renouveler l’expérience sans remettre en cause l’élégance qui a fait le succès du jeu d’origine.

Quand les auteurs eux-mêmes défendent cette approche

Plusieurs auteurs ont d’ailleurs souligné l’intérêt de ces formats compacts, en évoquant régulièrement (au micro d’un Monde de Jeu) le plaisir d’ajouter quelques éléments capables de renouveler l’expérience sans transformer radicalement un jeu existant.

L’idée n’est plus nécessairement d’offrir davantage de règles ou davantage de matériel.

Parfois, quelques cartes bien pensées suffisent à créer de nouvelles situations et à redonner envie de ressortir un jeu déjà apprécié.

Une philosophie qui correspond particulièrement bien aux jeux dont la richesse provient davantage des interactions entre les cartes et des choix des joueurs que de la multiplication des règles.

Stonemaier Games, l’un des précurseurs du format

Parmi les éditeurs ayant le plus contribué à populariser cette approche ces dernières années, Stonemaier Games occupe une place particulière.

Depuis plusieurs années, Jamie Stegmaier expérimente des formats d’extensions particulièrement compacts.

L’exemple le plus évident est sans doute Rolling Realms, dont l’univers s’est enrichi au fil du temps grâce à de nombreux packs additionnels. Chaque pack ajoute quelques nouveaux royaumes inspirés d’autres jeux, sans modifier les règles fondamentales du système. La philosophie est simple : enrichir l’expérience par petites touches plutôt que par de grosses extensions.

Le même phénomène s’observe également avec Wingspan. Alors que le jeu a connu plusieurs grandes extensions continentales, Stonemaier propose désormais régulièrement de petits packs d’oiseaux promotionnels ou communautaires venant enrichir la base existante.

Cette coexistence entre grandes extensions et contenus compacts est particulièrement intéressante. Elle montre que ces mini-extensions ne remplacent pas forcément les formats traditionnel. Elles viennent plutôt compléter l’offre en proposant une autre façon de faire vivre un jeu.

À bien des égards, Stonemaier semble avoir démontrer qu’un petit paquet de cartes pouvait parfois générer autant d’enthousiasme qu’une extension beaucoup plus ambitieuse.

Le débat du prix : quelques cartes à X €, est-ce vraiment raisonnable ?

C’est probablement la critique qui revient le plus souvent lorsqu’une mini-extension est annoncée.

Face à une pochette contenant quelques cartes ou quelques tuiles, la réaction est souvent immédiate : « Tout ça pour X € ? »

Pourtant, ce raisonnement repose sur une idée trompeuse : celle que le prix d’un jeu serait directement lié à la quantité de carton ou de papier qu’il contient.

Dans les faits, une mini-extension coûte bien plus que son poids en matériel.

Avant d’arriver dans les rayons, il a fallu imaginer le contenu, développer l’idée, tester et équilibrer les cartes, commander de nouvelles illustrations, fabriquer le produit, le stocker, le transporter, le distribuer, le promouvoir (et je dois certainement en oublier).

Et contrairement à une grosse extension, ces coûts fixes sont répartis sur un volume de vente souvent plus faible. Autrement dit, une mini extension n’est pas forcément chère parce qu’elle contient peu de matériel. Elle est parfois chère parce qu’elle doit supporter des coûts de développement.

Cela signifie-t-il que tous les prix sont justifiés ? Évidemment non.

Une autre condition essentielle à l’acceptation de ces formats est la transparence.

Lorsqu’une extension se résume à quelques cartes ou à un petit module, l’information doit être clairement visible pour le joueur, notamment lors d’un achat en ligne. Nombre de cartes, contenu exact, compatibilité avec le jeu de base ou encore visuels du matériel : plus le format est compact, plus il est important que l’acheteur sache précisément ce qu’il acquiert.

Les joueurs acceptent généralement de payer pour du développement, du test et de la rejouabilité. En revanche, ils apprécient beaucoup moins les mauvaises surprises lorsqu’ils ouvrent la boîte.

Une autre source de confusion provient parfois du packaging lui-même.

À mesure que les mini-extensions se multiplient, certains formats se rapprochent visuellement des boosters que l’on retrouve dans les jeux de cartes à collectionner. Pourtant, tous ces produits n’ont pas la même vocation.

Certaines pochettes contiennent de véritable ajouts de gameplay, tandis que d’autres proposent uniquement des cartes promotionnelles, des versions foil par exemple ou des illustrations alternatives.

D’où l’importance pour les éditeurs, distributeurs et boutiques en ligne d’indiquer clairement la nature du produit vendu. Une mini extension apporte du contenu de jeux. Un pack collector ou un lot de cartes premium répond à une logique différente. Lorsque la distinction n’est pas clairement affiché, la déception du joueur devient presque inévitable.

Comme pour n’importe quel produit culturel, la question reste celle de la valeur perçue.

Le contenu apporte-t-il suffisamment de plaisir, de variété ou de rejouabilité pour justifier son prix ?

La réponse dépendra largement des attentes de chaque joueur.

Une ludothèque de plus en plus modulaire

Le phénomène se retrouve désormais dans de nombreuses gammes.

Des jeux comme Unmatched, Dice Throne ou Final Girl se sont construits autour d’une logique où chacun compose progressivement sa propre expérience. (OK, là c’est pas vraiment des boosters ! Mais choisissons Leda du coup!)

Le contenu supplémentaire n’est plus forcément pensé comme une extension unique et incontournable.

Il pourrait donc devenir une option parmi d’autres.

Une manière de construire sa propre ludothèque à la carte.

Vers un troisième format ?

Les grandes extensions ne disparaîtront probablement jamais. Elles restent indispensables lorsqu’un éditeur souhaite faire évoluer profondément un jeu ou proposer une expérience totalement nouvelle.

Mais les formats compacts semblent désormais avoir trouvé leur place. Ni simple carte promotionnelle. Ni véritable grosse extension.

Un troisième format semble alors progressivement émerger : celui de l’extension légère, pensée pour enrichir un jeu sans l’alourdir.

Et à voir le nombre de titres qui adoptent aujourd’hui cette approche, il est probable que nous n’en soyons qu’au début.
Reste à savoir si ces extensions compactes finiront par constituer une catégorie à part entière dans l’industrie du jeu de société, ou si elles ne sont qu’une étape supplémentaire dans l’évolution naturelle des extensions. (je pense que oui et j’aime bien l’idée, oops).

[ Je pense qu’à Essen, on va s’arracher ce type de boosters non? ou alors il n’y a que moi qui adore ]

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Et vous, que pensez-vous de cette évolution vers des extensions compactes ?

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